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De la vérité en politique : « fiche de lecture »

 

En écrivant son dernier livre « De la vérité en politique », François Bayrou poursuit un objectif capital et concret : tracer le chemin conduisant au rétablissement d’une démocratie réelle en France, condition sine qua non du redressement économique et social du pays. Le fil conducteur du livre tient de la démonstration pédagogique. Après avoir précisé ce qu’est pour lui, dire la vérité, l’auteur pointe les conséquences catastrophiques pour la vie publique lorsque la vérité n’est pas dite aux citoyens. Il désigne le système institutionnel et les pratiques des acteurs politiques qu’il génère comme causes principales des manquements à l’obligation de vérité. En prolongement de son analyse, il propose des solutions pour remédier à cet état de fait. Il s’agit des « mesures pour la moralisation de la vie publique » qu’il décline depuis bien longtemps, ce qu’il fit notamment en 2012…

C’est faire un faux procès à François Bayrou de dire de lui, comme on l’entend souvent dans la bouche de ses détracteurs, qu’il se croit être le seul détenteur de la vérité, et être le seul à dire la vérité. En effet, pour lui, dire la vérité, ce n’est rien d’autre qu’énoncer la réalité des faits et exposer des données tangibles. Ce n’est donc pas exprimer un point de vue, si élaboré soit-il. Effectivement, exprimer une opinion, c’est, à partir de faits qui s’imposent à tous comme une réalité et grâce à sa réflexion personnelle, faire part de sa conviction.

« La vérité que recherche la démocratie n’est pas l’extinction des opinions, ni du débat. Cette vérité est plus modeste : il s’agit d’établir des faits, à partir desquels se construiront les opinions. »

ou encore : « La vérité qui sauvera la démocratie, c’est l’exploration patiente de la réalité avec laquelle il faudra que toutes les opinions vivent… Et cette vérité-là, la description humble et robuste du réel, on doit postuler qu’on peut l’atteindre. »

Exclure la vérité du débat politique a de graves conséquences. A commencer par la coalition qui, les élections passées, se produit immanquablement et sans tarder entre les opposants systématiques et ceux qui se sentent trahis dans leurs espoirs. Les seconds, percevant que la réalité s’impose face aux fausses promesses, dissimulations et mensonges, rejoignent les premiers dans la contestation, voire l’hostilité vis à vis des gouvernants. Gouverner dans la défiance d’une majorité de citoyens est un exercice impossible, plus aucune réforme d’importance ne pouvant être entreprise. Il ne reste plus qu’à durer pour les détenteurs du pouvoir, et à préparer l’alternance pour les opposants, leur réflexion portant davantage sur la tactique à adopter pour atteindre cet objectif que sur les solutions programmatiques. Et rien sur le fond ne change.

« Conduire le débat politique en dissimulant [les] vérités de fait, en les occultant, ce n’est pas seulement se moquer du monde, des citoyens volontairement aveuglés, c’est condamner l’exercice ultérieur du pouvoir. Il arrive que les trompeurs gagnent, certes, mais il ne se passe pas beaucoup de semaines avant que leur victoire ne révèle son vrai visage : celui de l’impuissance.»

Jean Peyrelevade, lorsqu’il annonça, en 2012, son soutien à François Bayrou ne disait pas autre chose : « Je ne sais pas si on peut gagner en disant la vérité, mais je suis certain qu’on ne peut pas gouverner si on ne l’a pas dite. » (citation reprise dans le livre).

Puisqu’en démocratie le pouvoir souverain appartient au peuple des citoyens, celui-ci doit être informé véritablement afin que chacun puisse se forger un jugement lucide et se prononcer en toute conscience. Privilégier le succès électoral à court terme en disant aux citoyens ce qu’il leur est agréable d’entendre plutôt que la vérité sur la situation et les contraintes à affronter pour l’améliorer, est un manquement grave à l’obligation première de tout acteur politique dont le devoir est d’agir pour que la démocratie s’exerce pleinement, sainement, et de façon apaisée.

« L’essentiel de l’exercice démocratique devrait être consacré à éclairer le peuple souverain avant qu’il ne prenne sa décision ; et voilà que c’est le contraire qui est devenu la règle. L’essentiel de l’exercice démocratique consiste désormais à hypnotiser le peuple souverain qu’on veut plonger en dépendance, à l’hypnotiser par tous les moyens disponibles, par la séduction, le mensonge, la dissimulation, la manipulation ou l’excitation de ses passions primaires, pour qu’il appose, les yeux clos et noyés, sa signature sur le chèque en blanc que l’on attend de lui. »

François Bayrou a la conviction profonde que la France ne pourra sortir de la crise dans laquelle elle s’enfonce depuis des années en raison de l’inaction politique que si deux conditions sont réunies : le peuple adhère aux politiques proposées et une majorité transcendant les clivages traditionnels est réalisée.

« Au lieu de privilégier le résultat électoral à court terme, il faut désormais que soit privilégiée l’adhésion au projet à long terme. El il n’y aura d’adhésion au projet que si la vérité de la situation et de ses contraintes est connue des citoyens… La vérité connue des citoyens dans tous les domaines où le réel impose son évidence et ses lois, telle est la clé de la mobilisation du pays ».

Mais le président du Mouvement démocrate, mieux que quiconque, sait que dans notre pays la vie publique telle qu’elle est conduite aujourd’hui ne permet pas que ces conditions soient réunies.

« Il existe bien une majorité réformiste, mais elle est interdite d’existence : elle est bannie, elle est proscrite, on n’a pas le droit d’en parler ; encore moins a-t-on le droit de la réunir, de la susciter ».

Pourquoi notre système politique génère-t-il une telle stérilisation de la vie démocratique et sommes-nous contraints à assister au triomphe des menteurs, des marchands d’illusions, des débiteurs de fausses promesses ? François Bayrou reprend dans son livre la mise en accusation des institutions qu’il avait déjà prononcée dans « Abus de pouvoir » et « 2012 : état d’urgence », ses deux précédents ouvrages : « Ce système est responsable, en grande partie, du mensonge généralisé qui a fait du premier pays d’Europe, que nous étions il y a à peine vingt ans, un pays à la traîne… C’est un système de nullité, qui écarte les responsables les plus lucides au profit des démagogues à courte vue et des cyniques avérés. »

En-effet, les institutions de la Vème République, conçues à une époque particulière de notre histoire, et pour l’exercice du pouvoir d’un homme d’exception, le général De Gaulle, sont aujourd’hui inadaptées. Les quelques replâtrages de surface qui ont été effectués à posteriori, non seulement ne corrigent en rien les défauts originels mais au contraire les accentuent en renforçant l’hypertrophie du pouvoir présidentiel et en consacrant la bipolarisation comme mode de fonctionnement de notre vie politique. L’organisation territoriale est là pour rendre encore un peu plus opaque celle-ci… Il faut donc poser une bonne foi pour toute la question du changement radical de cet ensemble institutionnel.

« Ce système est largement responsable de nos dérives : il faut donc le combattre. Il faut porter le fer dans l’abcès qui nous infecte depuis trente ans. ».

Nos institutions, comme l’édifice politico-administratif des collectivités territoriales qui constituent un modèle unique en Europe, et même dans le monde démocratique, se caractérise par la partition obligatoire du pays en deux « camps » antagonistes se neutralisant avec constance, et la nécessité d’avoir recours à tous les moyens pour conquérir le pouvoir et l’exercer sans partage.

« Ce système d’exclusion tient à deux règles que nous avons acceptées et dont nous avons fini par penser qu’elles sont immuables : la première, c’est le tout ou rien du pouvoir en France ; la seconde, c’est le monopole de la bipolarisation. Tout ou rien ; c’est ce qui se joue à chaque élection nationale. Ne peuvent avoir accès au pouvoir, à tout le pouvoir, exécutif, et législatif, à tous les postes de responsabilité, que les vainqueurs, et il n’y a pas de contre-pouvoir. Aucun. C’est là que commence la corruption des esprits. »

plus avant : « Lors de chaque échéance électorale nationale, comme il faut gagner à tout prix, il ne faut économiser aucune illusion et aucun mensonge (Chirac à ses amis : « je vous étonnerai par ma démagogie »… ). La victoire revient systématiquement au mieux disant démagogique, et non pas au mieux disant civique.»

Cette immuabilité du système semble pour beaucoup inéluctable. Il y a entre les deux partis majoritaires et leurs affidés au moins un point d’accord, tout faire pour que notre système politique reste ce qu’il est. Pour cela, ils se montrent très solidaires ! La dernière en date des commissions pour « moraliser la vie publique », la commission Jospin, ne propose que des réformes cosmétiques et encore sont-elles reportées à plus tard, sans parler des réformettes envisagées suite à l’affaire Cahuzac…

Il est vrai également que la plupart des médias et des politologues n’ont d’intérêt que pour la « guerre des deux camps » et ne participent pas non plus à promouvoir une réforme des institutions. Tout cela réjouit les officines de communication puisque pour « vaincre l’adversaire », la manière de communiquer compte plus que le sérieux des propositions. De même pour les instituts de sondage dont les résultats de leurs enquêtes dictent la politique à suivre. La politique du mieux disant, et le règne de la démagogie !

Cependant, il existe une alternative pour que la France retrouve, dans les faits, et pas seulement en théorie, une vie publique démocratique. Elle tient en un mot : « le pluralisme ». Pour que ce pluralisme puisse voir le jour, une réforme profonde doit être entreprise. A l’occasion de l’élection présidentielle de 2012, François Bayrou en avait fait un thème majeur de sa campagne en faisant 12 propositions de « moralisation de la vie publique ». Rappelons-nous qu’il s’engageait, s’il était élu, à reprendre ces propositions dans une loi à soumettre aux citoyens par référendum. Dans son livre, il revient sur ces mesures et particulièrement sur l’introduction du mode de scrutin proportionnel et l’interdiction du cumul des mandats.

Après avoir rappelé de nouveau les raisons profondes qui l’ont contraint à voter pour François Hollande en dépit de son incrédulité vis à vis des engagements de ce dernier pris au cours de la campagne, et de sa ferme opposition à son programme économique, le leader du Mouvement démocrate positionne sans ambiguïté le centre dans le champ politique de notre pays, centre qui pèsera dans le débat publique dès lors que le pluralisme sera rétabli..

« C’était pour moi un crève-cœur de l’admettre tant ce choix conduisait à une impasse dont notre pays ne sortirait pas sans casse ni sans drame. »

« La première raison, ce fut certainement le besoin urgent de moralisation de la vie publique en France…Pour apurer ces pratiques [ce qui est indiqué précédemment], il m’apparut qu’il fallait une alternance… La deuxième raison fut de loin la plus importante : ce fut le choix, à mes yeux désespérant et mortifère, de la division du pays, de l’excitation des Français les uns contre les autres, comme thème principal de la campagne électorale du président sortant. »

« La nature du centre, ce n’est pas l’entre deux chaises. La nature du centre, c’est d’être une résistance à la stupide bipolarisation… La nature du centre, c’est de dépasser et de surmonter les antagonismes, les rivalités et les haines, pour inventer la coopération entre partenaires. C’est pourquoi le projet européen a été inventé par cette famille du centre en Europe, et particulièrement en France et en Allemagne.

La nature du centre, c’est de postuler qu’il existe une vérité politique accessible à l’esprit et au cœur des citoyens, une vérité politique une et indivisible plus forte que les antagonismes partisans, et accessible par le débat et la délibération.

La nature du centre, c’est de porter dans le concret, dans le réel, de l’école a la cité, un humanisme qui ne soit pas seulement dans les mots mais dans les actes. »

J’ajoute à la lecture du livre un souvenir personnel. Lors du conseil national du 30 juin dernier, alors que nous étions dans la tristesse au vu des résultat des dernières élections, le président Bayrou nous a engagé à considérer que « l’indépendance du centre » était désormais une réalité, laquelle constitue l’originalité et la force du Mouvement démocrate. Même si certains d’entre nous ont préféré s’en éloigner, à l’évidence celui-ci sort de l’épreuve 2012 renforcé dans son intuition profonde, et confirmé quant à sa raison d’être.

UN LIVRE A LIRE ABSOLUMENT… ET A FAIRE LIRE !

Plus que jamais, il est d’actualité. Les récentes décisions judiciaires concernant des hommes politiques de gauche et de droite, comme les affaires dans les cartons de Médiapart ou en cours d’instruction chez les juges sont bien là pour dire qu’il y a URGENCE à ce que LA VERITE EN POLITIQUE retrouve droit de cité !…

Pour clore cette note de lecture, je reprends la citation de George Orwell que François Bayrou avait mentionnée dans « 2012 : État d’urgence » : « En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire »

Jacques Morin

      conseiller national

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