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Daniel Bertin : La réforme scolaire est mal engagée !…

 

L’état de l’école française oblige à prendre des mesures d’urgence. Mais l’urgence n’est pas synonyme de précipitation. La réforme des rythmes scolaires est mal engagée parce que pas assez réfléchie… L’urgence n’interdit pas une large concertation ; il faut placer tous les partenaires du système éducatif français devant leurs responsabilités et le faire sans tabous et avec beaucoup d’exigences collectives.

Je ne fais pas partie des gens qui font de l’opposition systématique voire de la surenchère pour des raisons purement politiciennes. Ce qui m’importe avant tout c’est qu’on réussisse… Je suis d’ailleurs favorable à l’indispensable réduction de la dette de l’Etat. Mais je veux rappeler tout de même ici que les collectivités locales, notamment les communes et les intercommunalités, sont pour une très petite part dans la construction abyssale de la dette que les gouvernements successifs, depuis plus de 30 ans maintenant, ont laissé se creuser.

 La réforme qui est proposée va encore faire peser sur les collectivités, déjà particulièrement impactées et sollicitées, un aménagement en « trompe l’œil » qui ne va rien résoudre… Et à force d’étouffer celles sur lesquelles on compte pour faire marcher l’économie, à force de « tirer sur la mule », on va provoquer l’effet contraire à ce qui est recherché.

 Une réforme des rythmes scolaires ne peut pas se passer de la contribution des collectivités, contributions logistiques et humaines, dans des moments périscolaires qui sont de leurs responsabilités. C’est localement que l’on trouvera en effet l’indispensable soutien à l’aménagement de la journée, de la semaine et de l’année scolaire. Mais sans une aide substantielle de l’état, ce soutien ne sera ni efficace ni juste…

 Je veux rappeler ici les conséquences des mesures de sauvegarde budgétaire que le Conseil Général de Saône et Loire a mises en place il y a plus de 2 ans et qui ont coûté notamment à mon intercommunalité environ 250 000 euros de recettes de fonctionnement en moins pour assumer les compétences qu’elle a prises.(de 50 % à 0% de subventions pour la voirie et l’adduction d’eau potable, réduction de 20 % des subventions aux transports scolaires, aux accueils loisirs…)

Faut-il rappeler le gel des dotations de l’état et maintenant leur réduction annoncée ? L’AMF a estimé à 150 euros par élève le coût de la mise en place par les collectivités de la réforme proposée.

Président d’une intercommunalité qui a pris la compétence « affaires scolaires », j’ai déjà fait mon calcul et évaluer les retombées. Si mon intercommunalité prend en charge les activités péri-éducatives dans toutes les écoles de son périmètre (11 écoles et 641 élèves) au titre de l’accueil loisirs, cela va lui coûter 100.000 euros environ de surcoût annuel, alors que sa capacité d’autofinancement est déjà réduite en raison des mesures énoncées plus haut.

 Aujourd’hui, en tenant compte de nos réalités fiscales locales , il faudrait augmenter de 5 points les taxes sur les familles pour compenser cette nouvelle dépense imposée ! Si ce sont les communes qui assument, celles qui ont gardé la compétence périscolaire, elles en subiront bien sûr les conséquences directes, chacune de leur côté.

De surcroît, dans un cas comme dans un autre en raison des conditions d’encadrement imposées, des séquences horaires aménagées et des locaux disponibles, les conditions de pratiques péri-éducatives vont être très diverses et vont pénaliser les communes moins bien équipées ! On va encore renforcer les inégalités, voire la « concurrence » entre elles au sein d’un même territoire, et en fonction des réalités urbaines ou rurales !

Pour en revenir à l’école, il y a cependant urgence ! Je voudrais citer quelques chiffres révélateurs (enquête PISA ; Programme International de Suivi des Acquis) et qui devraient éveiller les bonnes consciences républicaines de tous les acteurs du système, enseignants, syndicats, parents d’élèves, politiques… :

  • Le nombre de jeunes qui sortent du système sans aucune qualification, « reste constant depuis des années, à 140.000 par an ».

  • les écoles françaises affichent de poussives capacités de compréhension de texte, tout juste au-dessus de la moyenne. Heureusement qu’il y a la Grèce, le Mexique ou la République slovaque pour faire pire. Cerise sur le gâteau : entre 2000 à 2009, nous avons perdu neuf points en compréhension et dix points en maths, alors que la moyenne des pays de l’OCDE a grimpé ! Ça n’a éveillé aucune conscience !

  • PISA est surtout la révélatrice de vérités préoccupantes que la devise « Liberté-Egalité-Fraternité » peine de plus en plus à masquer : l’école française est (derrière la Nouvelle-Zélande), la plus inéquitable. Inéquitable, parce que c’est sur les bancs des écoles françaises que les différences de « capital culturel » entre élèves issus des classes populaires et aisées sont les plus marquées. Et parce que ce sont les enfants les moins favorisés socialement qui tirent les performances françaises « vers le bas » depuis dix ans. Cela  signifie que « l’école de la République »,avec son obsession de la notation et des classements, ne sait plus prendre en main les élèves les plus fragiles, venus de familles modestes.

PISA révèle aussi que le redoublement (spécialité française) est une aberration et que l’abolition de la carte scolaire voulue sous le gouvernement Sarkozy, aiguise encore plus les inégalités sociales.

  • Pour rétablir la vérité et répondre aux mal-pensants (ou malveillants !), l’éducation ne représente que 10,4% des dépenses publiques en France, classée ici 27ème pays sur 32, bien en-dessous de la moyenne de l’OCDE (13%).

  • En revanche, il existe un gros écart dans les moyens alloués au primaire et au secondaire. On consacre en France 15% de plus pour un élève de secondaire que dans le reste de l’OCDE Mais on consacre, pour un élève de primaire, 17% de moins en France qu’en moyenne dans les mêmes pays de l’OCDE. Or c’est à l’école primaire que tout se joue…Tout le monde le reconnaît !

  • Un instit français donne 918 heures de cours par an, largement plus que la moyenne de l’OCDE, 782 heures. Seuls 4 pays font travailler leurs instits davantage que la France !

  • Cependant, c’est en France que l’élève passe le moins de jours à l’école sur une année (144) et qu’il a les journées et les semaines les plus chargées

Cherchez les erreurs !

Oui, la réforme passe aussi par l’aménagement de nouveaux rythmes scolaires. Mais d’autres mesures s’imposent parallèlement avec une prise réelle de responsabilité de l’État :

  • Il faut concentrer les efforts sur le primaire, là où tout se joue…par un rééquilibrage des moyens voire un effort supplémentaire.

  • Il faut revaloriser le métier d’enseignant du primaire…

  • Il faut recentrer les programmes sur les apprentissages fondamentaux et arrêter de demander à l’école de tout faire !

La réforme doit vaincre les lobbies des hôteliers, les résistances des parents, les surenchères des inspections générales disciplinaires. Elle doit placer tous les syndicats d’enseignants devant leur responsabilité.

Les aménagements des rythmes doivent trouver leur place indispensable. Les collectivités locales ont à y prendre part, mais à condition que l’état assume surtout ses propres responsabilités.

Tous les maires des communes du périmètre de Cuiseaux Intercom’ ont unanimement souhaité reporter la mise en place de cette réforme à la rentrée 2014.

Je pense ne pas trahir leur pensée en disant qu’ils sont cependant très inquiets pour la suite de la procédure.

Ils s’interrogent encore sur un certain flou juridique dans la mise en place obligée d’un temps péri- éducatif qui n’est pas une « obligation en droit ». Ils se questionnent toujours sur le type d’activités possibles, les moyens et les lieux disponibles, les taux d’encadrement proposés, les capacités de recrutement des personnes encadrantes et leurs compétences…

Ils craignent l’impact financier sur les budgets de fonctionnement des collectivités.

                                                                                                                                                                                                         Daniel BERTIN

                                                                                                                                                                                                        Président du MoDem 71

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2 Commentaires

Article intéressant, qui semble bien compliqué pour moi qui n’a pas d’expérience de l’enseignement, ni même d’expérience scolaire. Mais qui au fil du temps de parents d’élèves prends consciente du problème que pose l’avenir de l’école. L’école doit avoir une fonction d’enseignement ( enseigné pour que les élèves apprennne à lire compter écrire et évoluer au fil des années d’apprentissage ) L’éducation ainsi que les activités artistique si je dis bien le mot est aux parents de se charger de ces sujets. Une question me traversse l’esprit, quelles rôle parentale auront les parents après la réforme ?

Par Soulier Lucienne, le 7 mars, 2013
 

Il ne pourra y avoir de réforme sérieuse en cette époque de crise politique profonde au sein de toute l’UE sans la volonté farouche de se tenir à un objectif. « Un », par nature unique! tant courir deux lièvres ou plus n’est qu’enfumage. Pour l’enseignement l’objectif ne devrait-il pas être la régionalisation de la gestion des personnels du secondaire, et la départementalisation (tant qu’il subsistent!) de ceux du primaire et du maternel. Seuls bien entendu les programmes, ainsi que les personnels du supérieur resteraient au niveau national.

Par Jean-Pierre Gosset, le 3 juin, 2013