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Bayrou : 30 propositions pour l’Education

 François Bayrou a dévoilé trente orientations précises pour que la France entre, en cinq ans, dans les dix premières nations du monde pour la qualité, la réputation et l’efficacité de son système éducatif.

1ère orientation : il faut un contrat de progrès entre l’école et la nation. Ce contrat doit garantir les moyens existants et en même temps préciser les objectifs que la nation assigne à l’école.

Le progrès que nous nous assignons doit être vérifiable par tous, c’est pourquoi je fixe un objectif que, dans les cinq ans, l’école française entre -j’aurais dû écrire « rentre »- dans les dix premiers du classement international pour la compréhension de l’écrit, le calcul, les connaissances scientifiques et la lutte contre les disparités sociales.

 

2ème orientation : au lieu d’être dans la « réformite » perpétuelle, il faut un plan de progrès continu, inscrit dans le long terme pour vraiment changer les choses. Il faut cesser d’aller de fausses réformes en fausses réformes qui ne changent rien sur le fond mais déstabilisent perpétuellement l’Éducation nationale et en même temps le moral, la confiance professionnelle des enseignants et des parents. C’est de la fausse monnaie et il faut que cette fausse monnaie soit écartée.

 

3ème orientation : il faut refaire de l’école, j’allais dire à tout prix, un lieu d’où la violence est exclue et où le respect est la règle entre élèves et enseignants, à l’égard des enseignants et dans la cour de récréation.

 

4ème orientation : il faut restaurer la confiance de la nation dans ses enseignants. Au contraire de tous ceux qui se présentent à cette élection, je ne suis pas favorable à ce que l’on remette en cause le décret qui définit le statut des enseignants.

La définition du temps de travail est légitime. Il peut être réaménagé sur la base du volontariat, on peut faciliter, si on le souhaite, une présence plus importante dans l’établissement par exemple en construisant des bureaux, mais les procès perpétuels contre les enseignants sur le temps de travail doivent cesser.

 

5ème orientation : les concours de recrutements nationaux sont la voie la plus républicaine et la plus légitime pour sélectionner les enseignants du second degré. Ils sont anonymes, ils sont justes et permettent de juger réellement de la qualité d’une génération de candidats. Ils font partie de la fierté des corps d’enseignants en leur garantissant une légitimité. Je défendrai les concours de recrutements nationaux.

 

6ème orientation : la reconstruction d’une année de formation en alternance avec exercice dans la classe et transmission de l’expérience d’autres enseignants est impérative et étroitement liée au contrat de progrès dans l’Éducation nationale. Il s’agit du moyen et du seul moyen de familiariser les enseignants recrutés et débutants avec l’expérience de leurs collègues plus expérimentés et plus assurés. Il s’agit d’armer les jeunes enseignants et de leur faire ainsi gagner des années d’expérience.

Reconstruction d’une année de formation.

 

7ème orientation : la notation pédagogique des enseignants doit être assurée par des évaluateurs (corps d’inspection ou autres), expérimentés, de la même qualification au moins, de la même discipline que celui qui est ainsi évalué, et non par le chef d’établissement étranger à la discipline enseignée.

Au demeurant il n’y a rien à changer à l’équilibre actuel. Le chef d’établissement évalue déjà les capacités et les qualités des enseignants, individuellement, et son évaluation représente 40 % de la note attribuée. J’ajoute que plus on trouvera d’éléments objectifs pour assurer l’évaluation et plus j’approuverai cette évaluation.

Je vois même des chefs d’établissements qui applaudissent, c’est dire à quel point cette réflexion mérite d’être soutenue !

 

8ème orientation : arrêter avec les surcharges administratives, la multiplication des réunions, l’avalanche des livrets de compétences. À l’école comme dans tous les autres secteurs d’activité, la surcharge paperassière étouffe, asphyxie et ne sert à rien. J’ajoute que je voudrais que l’on arrête aussi avec l’avalanche de circulaires de toute nature.

 

9ème orientation : d’abord les bases et les bases d’abord. Il n’est aucune chance de réussite pour un élève qui n’a pas la maîtrise des fondamentaux. Je proposerai que, tant que cela est nécessaire, 50 % du temps scolaire à l’école primaire soit consacré à la maîtrise de l’écrit que l’on dit « actif et passif », et à la langue française en sa beauté à découvrir, en ce qu’elle peut exprimer de nuances, de richesses, en son vocabulaire. C’est un bagage pour la vie.

50 % du temps scolaire consacré à la langue française à l’école primaire. Je vois même des mathématiciens qui applaudissent ! C’est dire à quel point cela mérite d’être soutenu !

 

10ème orientation : les principales difficultés des élèves très jeunes sont psychoaffectives. Elles ne sont pas, pour la plupart du temps d’ordre pédagogique ou de l’ordre des capacités, comme on le dit.

Les repérer tôt par une formation et un réseau adapté, c’est donner une chance de les résoudre soit au sein de l’école soit par l’intervention, plus souvent encore, de pédopsychiatres. Je trouve que ce repérage précoce des difficultés souvent affectives des élèves est un service à leur rendre et probablement la stratégie la plus efficace contre l’échec scolaire.

 

11ème orientation : le premier lieu de l’éducation c’est la famille : favoriser la mise en place -je n’ai pas trouvé de meilleur nom- d’écoles de parents associatives pour aider ceux qui ont des difficultés à accompagner leur enfant, me paraît-là une vraie aide, une vraie assistance aussi aux enseignants.

J’ai le souvenir, je l’ai déjà raconté à quelques-uns d’entre vous, de cette école maternelle de la banlieue parisienne comme l’on dit « profonde » dans laquelle il y avait de grandes difficultés d’élèves où, notamment en tout cas à la première approche on pensait qu’il y avait de très nombreuses nationalités, origines culturelles, langues. Je parlais avec une enseignante et je l’interrogeais sur les difficultés à faire avancer des élèves dont la langue maternelle n’est pas le français et, au bout d’un moment dans la discussion, elle m’a dit quelque chose qui m’a touché infiniment. Elle a dit : « Mais monsieur, vous savez, le problème, ce n’est pas seulement que pour beaucoup d’entre eux, chez eux, on ne parle pas français, c’est que chez eux on ne parle pas aux enfants, on croit que les mettre devant l’écran de télévision cela suffit à les distraire, et c’est cet échange-là qui manque et que nous n’arrivons pas à reconstruire à l’école ».

Je dis que s’il y avait un soutien auprès des familles, je ne parle pas de cela avec sévérité… j’ai travaillé comme chacun le sait, pour écrire sur Henri IV, sur le XVIème siècle français : eh bien à cette époque, un bébé, un enfant en bas âge, on ne lui parlait pas, on considérait qu’on pouvait le laisser à part dans la maison sans avoir avec lui l’échange que les siècles passés ont produit et que nous ont appris à produire… Je crois que simplement raconter, rappeler à toutes les mamans que l’échange avec l’enfant, même s’il ne parle pas encore, c’est le moyen de développer sa sensibilité et ses attentes. Je suis sûr en tout cas, au dire de ces enseignantes, que c’est quelque chose que l’on pourrait apporter qui ne coûterait rien et qui serait d’un formidable appui pour que l’école n’ait pas à reconstruire ce que dans la famille on n’a pas réussi à bâtir. École des parents.

 

12ème orientation : la question des méthodes pédagogiques doit être tranchée non pas par l’idéologie mais par l’évaluation des résultats.

Ne croyez pas que comme tous les parents et tous les enseignants je n’aie pas une opinion que je crois solide, à laquelle je suis attaché, nourrie par l’expérience, par exemple en matière de méthode de lecture. Je pense que la question des méthodes de lecture devrait être tranchée depuis longtemps : car le clavier avec lequel désormais toute personne vit, ce n’est pas global, c’est lettre par lettre… et donc c’est mon opinion, je ne veux pas l’imposer, mais je veux rappeler que du son à la lettre, de la lettre à la syllabe, de la syllabe au mot, il me paraît y avoir une démarche qui devrait être désormais indiscutable. Mais c’est une opinion personnelle… que je trouve pertinente… mais que j’accepte comme personnelle.

Et je considère que ce n’est ni au gouvernement ni au président de la République de trancher des méthodes d’apprentissage, c’est à la classe, au résultat effectif, à condition qu’aucune méthode ne se voie exclue pour raison idéologique. Et c’est donc par l’évaluation des résultats que l’on doit trancher de la question des méthodes.

 

13ème orientation : aucun élève ne doit entrer au collège sans qu’il soit garanti qu’il maîtrise la lecture et l’écriture. S’il est en défaut, une pédagogie adaptée doit lui permettre de reconstruire son rapport à l’écrit car le but n’est pas d’exclure, mais d’intégrer les élèves qui autrement seront perdus tout au long de leur scolarité.

 

14ème orientation : pour prévenir ces échecs, il faut penser le nombre d’élèves par classe en fonction, non pas de normes, mais de la réalité de la classe. À classe difficile petit nombre d’élèves, à classe équilibrée et de bon niveau, plus grand nombre d’élèves. (Là, les applaudissements sont timides !…)

 

15ème orientation : le collège doit être diversifié. Il est normal et juste que la nation veuille garantir un bagage à tous les enfants, mais ce bagage de connaissances et de méthodes ne peut être apporté dans l’uniformité.

Pour un certain nombre d’élèves en situation de rejet de l’école un « collège hors les murs » avec des pédagogies adaptées doit permettre une reconstruction et le retour, s’il le souhaite, à la voie classique. « Collège hors les murs » pour les élèves en rupture.

 

16ème orientation : dans chaque discipline le « apprendre à apprendre » et le retour assidu aux bases doivent servir de socle.

Les programmes doivent être écrits avec les enseignants en imposant la faisabilité sans précipitation et la simplicité de leur énoncé. Je propose qu’un débat parlementaire permette d’exposer à la nation le principe des programmes de son école et leur lisibilité.

 

17ème orientation : informer les élèves sur ce qu’ils ne maîtrisent pas, par exemple, les codes de comportement, d’habillement, de langage. Les chemins de la confiance en eux-mêmes sont des choses très sensibles mais ce sont des choses qui manquent cruellement à un très grand nombre d’élèves qui sont plongés dans un monde dont ils n’ont pas les clés et pas les codes.

Je considère qu’il est du devoir de l’école de la République de les leur proposer, non pas de les leur imposer, mais de les expliquer pour qu’ils comprennent un certain nombre de réactions que le monde a à leur égard ou qu’ils ont eux-mêmes à l’égard de ce monde. Démarche sensible mais qui est une démarche de vérité : informer les élèves sur les codes de la société dans laquelle ils vivent.

 

18ème orientation : les rythmes scolaires doivent être reconstruits. Il n’est pas normal que l’école française soit celle qui concentre le plus d’heures de cours sur le moins de jours de classe.

Les horaires des élèves, devoirs compris, ne devraient pas dépasser une charge horaire d’une trentaine d’heures par semaine, ce qui veut dire presque autant que leurs parents. Ceci signifie évidemment un allégement des horaires pour un grand nombre d’élèves. Les heures ainsi gagnées seront utiles aux enseignants pour le travail en commun, et aux établissements pour des programmes au choix qu’ils pourront élaborer.

 

19ème orientation : les devoirs doivent être faits dans le cadre de l’établissement sous la surveillance de tuteurs, d’enseignants de l’établissement s’ils le souhaitent, d’enseignants à la retraite ou le plus souvent d’étudiants qui recevront une bourse pour se familiariser ainsi avec l’enseignement et servir de « grands frères scolaires », de tuteurs ou d’appuis aux élèves plus jeunes. Ces bourses de tutorat doivent être offertes à coût réduit, aisément accessibles elles pourront être offertes aussi en complément de leur retraite à des enseignants qui voudront encore servir. Elles accroîtront la présence si nécessaire des adultes dans les établissements.

 

20ème orientation : donner aux chefs d’établissement des possibilités nouvelles, par exemple recrutement direct des remplaçants, gestion des volumes d’heures pour organiser des soutiens individualisés ou en petit groupe. Je suis pour que cette autonomie nouvelle permette un meilleur service public au sein des établissements, de l’enseignement secondaire en particulier.

 

21 et 22ème orientations : l’enseignement professionnel doit reposer non pas sur l’élimination mais sur la vocation, par la découverte des métiers, par l’alternance ou l’apprentissage. Et donc information sur les métiers tout au long du collège, découverte des entreprises et des chantiers pour que les élèves découvrent ce que sont ces activités dont ils entendent parler, mais qu’ils n’ont jamais rencontrées.

C’était déjà l’idée du stage en 3ème que nous avons créé en 1995 et dont tous les élèves et beaucoup d’entreprises sont très heureux.

 

23ème orientation : il faut un plan de développement de l’apprentissage et de l’alternance. Il faut que nous élucidions cette question : qu’est-ce qui bloque pour les entreprises ? Qu’est-ce qui bloque du côté de l’éducation ? Qu’est-ce qui bloque dans la destination de la taxe d’apprentissage ?

Toutes ces questions-là devront être traitées pour que soit élaboré ce plan de développement dont nous avons besoin de l’apprentissage et de l’alternance.

 

24ème orientation que je risque, avec prudence, avec réserve, à pas de loup et à voix basse : nous souffrons d’une double pénurie de scientifiques et de littéraires et cette double pénurie constatée dans tous les amphithéâtres est à mon sens dommageable pour la nation. Tout le monde s’accorde à reconnaître que, pour les scientifiques par exemple, cela présage d’une crise des vocations qui est extrêmement lourde.

Je pense qu’il faut que nous réfléchissions à l’organisation des baccalauréats et j’avance l’idée, je risque l’idée d’une réflexion sur une nouvelle voie du baccalauréat qui sera un baccalauréat d’excellence générale, à la fois littéraire et scientifique. Je pense que l’obligation à choisir entre littéraire et scientifique pour un certain nombre d’élèves est, au fond, un choix trop difficile et qu’ils n’arrivent pas à assumer et que beaucoup d’entre eux et parmi les meilleurs, voudraient faire les deux. Je pense que ce serait un plus pour les vocations littéraires et un plus pour les vocations scientifiques.

Je le propose et ne l’impose pas, mais je propose en tout cas que l’on y réfléchisse.

 

25ème orientation : refonder l’articulation entre l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur. Je suis certain que c’est une clé pour lutter en particulier contre l’échec des premiers cycles à l’université parce que ce que les élèves ne savent pas, c’est que l’université, c’est une connaissance que l’on construit soi-même autant qu’on la reçoit. C’est la recherche dès les premières années, c’est un exercice d’autonomie.

Eh bien il faut former à cette autonomie en Terminale. Je propose que la Terminale soit repensée comme une véritable propédeutique, on disait cela autrefois, une véritable entrée, préparation à l’entrée dans l’enseignement supérieur.

 

26ème orientation : C’est, justement, l’Orientation.  L’orientation c’est une ardente obligation. On doit y préparer tout au long de l’enseignement secondaire et à l’entrée à l’université et, pour l’entrée à l’université, je propose que cette orientation soit nourrie par une information objective sur les sorties d’études dans la formation que l’on envisage de suivre, que l’on dise aux étudiants à l’entrée : « voilà ce qui vous attend à la sortie », car ils l’ignorent dans un grand nombre de cas et cela provoque des catastrophes.

 

27ème orientation : elle concerne les enfants handicapés dans leur scolarisation. Des progrès ont été faits, mais des obstacles demeurent. Beaucoup d’enseignants se sentent démunis face au handicap. Je propose que l’on aborde cette question franchement dans le cadre de la Conférence nationale sur le handicap que par ailleurs j’aborderai ici même la semaine prochaine. Enfants handicapés dans leur scolarisation, cela mérite une réflexion et un soutien nouveau de la nation.

 

28ème orientation : il faut un grand plan Santé. Les élèves français sont les plus frappés d’Europe par les addictions au cannabis, à l’alcool, par un certain nombre de comportements à risques. Je pense qu’une mobilisation notamment avec les étudiants en médecine, dans tous les établissements scolaires dans l’enseignement secondaire sera bienvenue et urgente pour lutter contre ces addictions.

 

29ème orientation : deux réflexions générales pour finir.

La première : réflexion générale sur l’éducation numérique. C’est très important pour l’avenir. Je vous ai dit ce que je pensais d’Internet, de ses chances et de ses risques. Moi qui le pratique quotidiennement comme beaucoup d’entre vous, je pense qu’il y a là un gisement de progrès considérable. En même temps, je veux dire qu’il n’y a pas d’éducation qui soit déshumanisée, il n’y a pas d’éducation qui soit entièrement dématérialisée et que les ressources de ce que l’on appelle le e-learning sont, pour l’avenir, en même temps un immense enrichissement des possibilités de formation et de découverte, et un univers qu’il nous faut apprendre et que les jeunes, les élèves et les étudiants doivent apprendre.

Je propose aussi une réflexion générale sur la coopération entre l’enseignement numérique et l’enseignement classique traditionnel dans les classes.

 

Enfin, 30ème orientation : je pense qu’il faut ouvrir les établissements scolaires en dehors des heures de cours à la demande d’éducation de la société. Une école du soir « à la demande » avec une contribution modeste des apprenants doit être ouverte dans tous les établissements du second degré.

L’initiative viendra de la demande de ceux qui veulent apprendre quelque chose. Il y a des pays entiers, je pense aux États-Unis, qui se sont construits sur l’école du soir. Il est légitime et nécessaire de l’offrir en France. Il n’est pas normal que nos établissements soient fermés un jour sur deux dans l’année et ne servent à rien d’autre. Je pense que la société a besoin qu’on lui propose une offre de formation générale.

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